L’ADEV s’engage depuis 30 ans dans la transition énergétique

«L’Allemagne a montré qu’il est encore possible de faire beaucoup plus!»

L’ADEV a organisé, en 2009, le premier parc éolien en Suisse, à St-Brais, avec deux turbines de 2 MW en exploitation. (Photo: ADEV)
Centrale solaire Ferro Wohlen de 3 MW, construite en 2012, c’est toujours le plus grand système suisse intégré en toiture. (Photo: Ferro Wohlen AG)
La petite centrale hydroélectrique de 370 wškW sur la Dünnern à Olten se construit simultanément avec la rénovation du canal en béton. Elle fournira de l’électricité pour environ 400 personnes par an. (Photo: ADEV)
Andreas Appenzeller, président de l’ADEV Energiegenossenschaft: «Nous avons eu et avons encore une fonction importante!»
Comparatif des productions annuelles
Anita Niederhäusern /

L’ADEV Energiegenossenschaft célèbre, en 2015, son 30e anniversaire. «En Suisse, nous en sommes encore au début», explique Andreas Appenzeller: «L’Allemagne a montré qu’avec une volonté politique à très court terme, il est possible de réaliser beaucoup plus!»

M. Appenzeller, l’ADEV célèbre son 30e anniversaire. Est-ce avec tambours et trompettes?

Andreas Appenzeller: Certainement pas, il me semble que nous venons tout juste de célébrer le 25e anniversaire. Nous allons organiser des événements spéciaux pour nos membres de la coopérative, nos actionnaires et partenaires, mais sinon nous célébrerons cet anniversaire tranquillement. Non pas qu’un jubilé ne soit pas un objectif, mais nous voulons continuer, aussi rapidement que possible, le développement de nouvelles énergies renouvelables. Le temps est court: le changement climatique et la guerre du pétrole sont sur nos talons, nous n’avons pas de temps à perdre.

Est-ce qu’un court bilan est malgré tout possible?

Bien sûr. Nous, ADEV, produisons aujourd’hui dans environ 100 centrales à la fois pour environ 34 000 personnes, sans oublier la chaleur pour les réseaux de chauffage urbain. Nous en sommes très fiers. Et grâce à la technologie des réseaux mixtes, solaires, vent, eau et chauffage urbain, nous montrons aussi comment va fonctionner l’approvisionnement futur en énergie. Nous employons 14 salariés et 25 emplois secondaires, ceci pour un chiffre d’affaires de 12 millions de francs suisses. Notre bilan total se monte à CHF 67 millions. Mais il ne s’agit pas tout d’abord pour nous, mais autant que possible pour le développement en Suisse, d’énergie renouvelable supplémentaire. La Suisse a environ 1,5 % de solaire et 0,02 % de puissance éolienne et, dans le mix électrique, elle est à la traîne de l’Europe. En comparaison, en Allemagne, grâce à une volonté politique solide, la part des énergies renouvelables dans la consommation d’électricité est, en 2014, d’environ 27 %. Parmi celles-ci, à peine 3,4 % pour l’énergie hydraulique. Energies éolienne, solaire et biomasse se taillent la part du lion. La loi allemande sur les énergies renouvelables (EEG) étant lancée en 2000, aucun pronostic, pas même les plus hardies prédictions, ne s’attendait à un tel succès. Imaginez que si nous avions en Suisse et en ce court laps de temps, progressé autant, nous en serions maintenant, avec nos débits d’eau d’environ 55 %, à environ 80 % d’électricité renouvelable!

Mais le modèle réussi de l’Allemagne est attaqué de toutes parts, parce que d’un côté il fait monter fortement les prix pour les ménages et de l’autre, il inonde l’Europe d’électricité bon marché ...

Cette attaque est dommageable, parce qu’en fait, l’électricité pas chère devrait profiter à tous. Les raisons en sont que, quand la loi sur l’EEG allemande, qui contient deux conceptions malheureuses et erronées, est entrée en vigueur, en 2000, elle a pris la soi-disant règle de la priorité: les énergies renouvelables dans l’alimentation ont la priorité sur la fourniture de l’énergie conventionnelle. On a supposé que les nouvelles centrales d’énergie renouvelable seraient construites pendant le temps que les grandes centrales électriques mettraient pour atteindre leur fin de vie et leurs mises hors service. Mais ces grandes centrales, dangereuses et polluantes, continuent à fonctionner, et maintenant requinquées, contribuent à exercer une forte pression sur les prix de l’électricité. Pour la stratégie de survie des propriétaires, il faut maintenant que l’exploitation de leurs grandes centrales soit aussi rentable que possible avant de disparaître du marché – c’est un standard dans le comportement de l’économie de marché. Beaucoup veulent profiter des prix historiquement bas de l’électricité. Principalement les gros consommateurs, parce qu’ils se considèrent désavantagés par l’EEG par rapport à sa compétitivité. Par conséquent, ils ont été libérés de plus en plus du supplément EEG au cours des dernières années – ce qui a conduit en fin de compte à de nombreux ajustements successifs et à la deuxième interprétation erronée de l’EEG: aucune contrainte pour les gros consommateurs et charge maximale pour les ménages privés en Allemagne.

Suite à l’effondrement des prix, l’électricité renouvelable à partir des usines suisses hydroélectriques peut être vendue à bas prix, ce qui entraîne des pertes substantielles pour leurs propriétaires. Le marché de l’électricité pour les grands propriétaires de centrales a été modelé au cours des 50 dernières années. Ce qui veut dire, une possible production d’énergie constante. Cela a permis à de nombreuses unités de centrales inflexibles, en particulier les usines à gaz et les centrales nucléaires d’être exploitées convenablement et à peu de frais. Pendant ce même temps, la vente des radiateurs électriques a été encouragée par des prix attrayants, et avec des tarifs bas, hauts et de pointe sans oublier la gestion des grands consommateurs et des ménages via des signaux centralisés et télécommandés (quasi le SmartGrid d’il y a 50 ans). Tous ces facteurs se combinant, ils ont été créés pour contrôler un approvisionnement fluctuant en électricité renouvelable. Maintenant, le dinosaure électrique doit mettre en œuvre l’offre fluctuante sous une énorme pression économique – grâce à l’EEG!

Quelle est votre opinion sur l’expansion actuelle du réseau, qui est également exigée par les grands fournisseurs d’énergie?

D’une part, il y a un besoin particulier d’investir dans le réseau, parce que l’entretien du réseau a été négligé par les fournisseurs d’énergie avant d’être vendu à Swissgrid. En outre, les réseaux doivent être modernisés dans une certaine mesure, mais pas principalement sur le compte des énergies renouvelables. Une certaine partie de l’expansion du réseau sera toutefois également nécessaire en raison des énergies renouvelables. Mais je ne pense pas dans la mesure proclamée par la VSE et Swissgrid, car depuis le courant obtenu localement à partir de sources d’énergie renouvelables est également nettement plus consommé localement et doit être transporté sur des distances moindres. Ici, le stockage décentralisé apporte certainement une autre décongestion. Quand je regarde nos petites centrales hydroélectriques, je me rends compte que celles-ci fournissent localement la charge de base nécessaire pour, par exemple, la nuit et même à faible rayonnement solaire, assez d’énergie pour assurer la stabilité du réseau.

La cogénération et le stockage décentralisé doivent jouer leur rôle. Par exemple, avec notre BHKW, nous offrons, aux locataires de l’ensemble du bâtiment de la vieille chocolaterie à Aarau, ceci depuis bientôt 30 ans, de la chaleur et de l’électricité! Et puis le courant est intéressant comme énergie motrice pour la propre voiture électrique. Une prochaine étape sera la technique du Power-to-Gas. Ces fournisseurs d’énergie seront en mesure de stocker le surplus d’électricité dans le réseau de gaz où il est à nouveau à disposition pour la production de chaleur, en tant que combustible ou comme courant.

Ces arrangements sont-ils de nouvelles opportunités pour ADEV?

C’est juste. Nous travaillons sur notre nouveau projet, un développement majeur avec des appartements et des bureaux, où nous allons mettre en place un réseau; les réseaux complexes sont déjà une pratique courante dans l’industrie. Mais pour les zones d’habitation et de bureaux, ce n’est possible que depuis la nouvelle réglementation. L’ADEV va fournir les quartiers d’habitations en électricité et en chaleur exclusivement par contrat de plus de x années. Ce modèle est très intéressant pour nous, parce que beaucoup de potentiel est encore en friche.

Que réserve l’avenir?

L’énergie quotidienne existante devra être faite d’énergie solaire, éolienne et hydraulique, puis utilisée aussi décentralisée que possible. Pour atteindre cet objectif, j’espère que l’application de la stratégie énergétique 2050 soit rapide et la meilleure possible. Espérons que le Conseil des Etats va accepter le bon projet du Conseil national sans trop le modifier. Parce que la transition énergétique est un projet à long terme qui doit être mis en œuvre dès que possible. Ce que nous attendons du politique, ce sont les conditions fiables du BKW – la contrepartie de l’EEG! C’est seulement ainsi que les gros investisseurs sauteront dans le train de l’énergie. Si les tarifs de rachat pour les grands systèmes photovoltaïques descendent rapidement, la construction de grandes installations ne sera plus possible. Comme, par exemple, c’est le cas pour notre usine Ferrowohlen, et nous en avons également besoin pour sa transformation. Seulement avec de petites centrales, le tournant ne peut pas se prendre. Dans les mois d’hiver sans soleil, l’approvisionnement en énergie éolienne se taille la part du lion, nous ne pouvons pas l’exclure. Et il offre aux communes reculées un apport financier bienvenu; un bon exemple, c’est notre parc éolien de Saint-Brais. La petite centrale hydroélectrique est notre plus ancienne technique de production d’électricité. Décentralisée, elle a peut-être changé un peu l’environnement, mais pas détruit, comme beaucoup de technologies conventionnelles.

La petite centrale hydraulique apporte une contribution importante à la stabilité du réseau, pendant des décennies avant que les premières centrales à grande échelle soient construites en Suisse. Et tout renouvellement ou la rénovation apporte également une nouvelle amélioration de la situation pour les poissons et l’écologie de la rivière concernée. En Suisse, il y a des milliers de projets au fil de l’eau, qui peuvent être utilisés même dans les plus petites unités décentralisées énergiquement, sans nuire à l’environnement. La tendance des organisations environnementales est de torpiller la petite centrale hydroélectrique et de seulement permettre aux grandes centrales, qui vont finalement se retourner contre l’environnement et peser plus, de se développer.

Arriverons-nous à faire la transition énergétique avant que le réchauffement climatique et l’assèchement des puits pétroliers ne soient effectifs?

L’humanité peut le faire, mais elle doit le vouloir. Comme je l’ai dit, vous regardez l’Allemagne, et vous voyez ce qu’il est possible d’entreprendre si la volonté politique est aussi là. En outre, il faut des sociétés comme l’ADEV avec, aujourd’hui, environ 2000 membres dans sa coopérative et les investisseurs qui montrent, grâce à l’esprit pionnier, comment c’est possible. Nous avons été et resterons encore un modèle important!»