Un assainissement énergétiquement efficace

Dr Benedikt Vogel, sur mandat de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) /

Les assainissements de bâtiments permettent d’améliorer significativement la consommation énergétique. Toutefois, les économies réalisées restent souvent inférieures à celles prévues. Une équipe de chercheurs de l’Université de Genève a étudié la mesure et les causes de ce «Performance Gap» entre le gain d’efficacité prévu et celui effectivement réalisé, sur la base de 26 constructions des années 1960. Ce projet a permis d’émettre des recommandations sur la manière d’exploiter encore plus efficacement le potentiel énergétique des assainissements à l’avenir.

Le Canton de Genève est très attentif lorsqu’il s’agit de la consommation de chaleur des bâtiments. Si un bâtiment comprend plus de cinq logements, le propriétaire doit rendre des comptes aux administrations concernant sa consommation réelle. Ces informations permettent au canton de comprendre plus en détail l’évolution de la consommation énergétique du parc immobilier. L’information chiffrée est une précieuse source de données pour montrer à quel point un assainissement énergétique a permis de réduire la consommation énergétique du bien immobilier concerné. Les chiffres fournissent également des réponses, à savoir dans quelle mesure les objectifs visés ont été atteints concrètement.
Ce contrôle de réussite était justement le principal objectif d’un projet de recherche de l’Université de Genève terminé depuis peu. Les scientifiques ont évalué les données de 26 bâtiments de Genève avec un total de 3000 logements construits essentiellement dans les années 1960 et assainis depuis 2005. Les assainissements ont permis de réduire la consommation énergétique pour la chaleur de chauffage et l’eau chaude de 29 % en moyenne comme l’indiquent les informations des propriétaires. Ce résultat a servi de base pour une étude à laquelle cinq chercheuses et chercheurs du groupe Systèmes énergétiques de l’Institut des sciences de l’environnement et du département F.-A. Forel pour les sciences de l’environnement et l’eau ont participé. L’Office fédéral de l’énergie (OFEN), le service de l’énergie du Canton de Genève, les Services industriels de Genève (SIG) et le Swiss Competence Center for Energy Research on Future Energy Efficient Buildings & Districts ont apporté leur soutien financier au projet de recherche.


En moyenne, moins de la moitié du potentiel d’économie est effectivement réalisé
Il est bien connu que les chiffres prévus lors de la planification et les chiffres obtenus ne concordent pas toujours complètement. L’étude genevoise a réussi à justifier ce Performance Gap avec des chiffres impressionnants. Conformément aux chiffres prévus (basés sur la norme 380/1), la consommation pour le chauffage aurait dû baisser de 39 kWh/m² à 156  kWh/m² en fonction du bâtiment. Les économies effectivement réalisées se sont cependant révélées nettement inférieures: dans le meilleur des cas, le potentiel d’économie a été exploité à 65 % et à seulement 29 % dans le pire des cas. Les valeurs les plus basses se présentent généralement lors des rénovations partielles après lesquelles on omet souvent de réajuster les courbes de chauffage.
Ce résultat se base sur les données de chacun des 26 bâtiments dont tous les chiffres nécessaires pour la comparaison étaient disponibles et dont la surface habitable n’a pas été agrandie dans le cadre de la rénovation. Les scientifiques genevois pensent que le résultat peut s’appliquer au parc immobilier du canton de Genève et de toute la Suisse. A ce sujet, le Dr Jad Khoury, expert en assainissement énergétique à l’Université de Genève et auteur principal du projet de recherche, ajoute que «si l’on généralise les observations de notre échantillon à l’ensemble des bâtiments résidentiels collectifs d’après-guerre de Genève, nous arrivons à la conclusion que moins de la moitié (42 %) du potentiel d’économie d’énergie théorique pourrait être concrètement réalisé dans le domaine de l’énergie de chauffage. Le même calcul sur le parc immobilier complet suisse donne une valeur similaire (46 %).»

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